L’HOMME DU «12 NOVEMBRE» ET SON BRUTUS

novembre 15th, 2008

Aurait-il dû être personnellement présent ? Posons la question autrement : qu’est-ce qui l’empêchait de donner, grâce à un discours, une touche de solennité à ce qui allait se commettre ? Bien qu’aucune règle ne l’y oblige, il y a des situations exceptionnelles (et celles-ci en est une) où le prince doit s’astreindre à cet exercice. Le Parlement ne se réunissant, dans ses deux chambres, qu’en cas de situation grave, afin d’entériner une lourde décision, il eût été parfaitement correct que l’initiateur en chef vienne lui-même plaider pour ses désiderata.

Dès lors qu’il ne l’a pas fait, se contentant d’un factotum pour lire un message pompeux et creux, cela s’appelle du mépris pour les institutions. Saïd Sadi avait d’ailleurs raison de s’en offusquer de ce style sauf qu’il s’étonne bien tard. Le président de la République a depuis longtemps cessé de considérer ces chambres pour ce qu’elles doivent être. Par un travail de subornation étalé sur deux législatures, n’en a-t- il pas fait des dépendances du sérail ? Lui qui n’aime rien tant que de ne jamais rendre compte, exige par ailleurs, de l’obéissance en tous lieux où s’exerce le formalisme du pouvoir. Les autocraties ne se reconnaissent-elles pas, justement, dans ce genre d’omniscience auto-dévolue ? Et qui ne doit souffrir de la moindre discordance à l’approbation.

L’indécence de l’unanimisme qui illustra l’amendement de la loi fondamentale constitue désormais la référence cardinale de ce que va être sa méthode au cours du prochain mandat. L’on ne peut plus dire que l’on ne savait pas, par avance, que le quitus du 12 novembre allait se révéler un cadenas inviolable. Et qu’il sera bientôt l’argument par lequel toutes les institutions et la totalité des courants de pensée seront matés. Des fourches caudines sous lesquelles ils doivent passer pour espérer une visibilité taillée dans la servitude.

A sa manière, mais en épousant seulement les exigences de l’époque, Bouteflika vient enfin d’assumer une filiation ancienne qui, jusque-là, n’apparaissait pas clairement. Celle qui, à travers sa trajectoire, la mené du compagnonnage de Ben Bella à celui de Boumediene. Deux putschistes emblématiques identitairement reconnaissables à leurs conquêtes violentes du pouvoir. L’un en juillet 1962 et l’autre le 19 juin 1965. A son tour, il sera désigné, dans les futurs manuels d’histoire, comme «l’homme du 12 novembre 2008». C’est ainsi que la geste de nos pouvoirs s’est écrite à ce jour. Et comme un rappel au bon sens de la fatalité, il nous laisse entendre maintenant qu’il n’y a aucune raison de changer de «tradition ». Il nous rappelle, en pointillé, que la démocratie des urnes à laquelle ce pays a cru naïvement doit se réduire à porter sur les fonts baptismaux de la république d’abord «l’homme qu’il faut» qui deviendra, par la suite, providentiel et indéboulonnable.

C’était, souvenons-nous, également la philosophie politique du FIS. Celui-ci n’avait-il pas énoncé, en son temps, la même règle effrayante ? Celle de disqualifier le principe du suffrage libre aussitôt qu’il s’emparerait du pouvoir par cette même méthode. Plus qu’une leçon, cette stratégie infernale que ce pays a combattue au nom de la modernité, de la démocratie et qui lui a coûté le dégommage d’un président en poste (Chadli) et dix années de guerre civile, n’est-elle pas en passe de redevenir la pierre angulaire de l’exercice des responsabilités. Celles qui transitent par les mains des faiseurs de constitutions à la demande, comme on solliciterait un couturier pour tailler dans le tissu des oripeaux sur mesure. Or, celui qui, de nos jours, est chargé de faire la promotion de ce produit amendé en nous expliquant sans sourciller que celui-ci se traduira par une consolidation des libertés est le même qui, 13 années plus tôt, se présentait à la télévision pour faire l’éloge du caractère limitatif de la loi fondamentale.

Cet homme politique, qui a pour nom Ouyahia, n’a-t-il pas de surcroît eu l’insolence de déclarer, la veille de la cérémonie, qu’il n’y avait pas lieu de s’émouvoir de la disparition du fameux verrou. Car, ajoutait-il, en tout état de cause «l’opposition» (??) n’accédera jamais au pouvoir ! La voilà l’injure faite à l’électeur virtuel. Homme-protée de tous les pouvoirs, il ne craint ni les prédictions les plus audacieuses ni les reniements de ses professions de foi. Et cela à la demande des maîtres du moment. Bouteflika, l’ayant sondé au plus profond de sa carapace de faux soldat discipliné et fidèle, l’utilise justement pour son impopularité notoire.

Ce Brutus, que l’on charge d’assener publiquement des coups de canif à la Constitution dans un Parlement silencieux comme un sépulcre, ne doute cependant pas de son avenir. Bien que les nouvelles dispositions devant réduire prochainement sa sphère d’influence ne l’émeuvent guère autant qu’on le suppose. Surtout, qu’à son sujet, le bruit court qu’en cas d’improbable alternative, il serait le mieux qualifié pour être agréé par le système. Que cette assertion ne soit que pure spéculation et rumeur sans teneur ne lui enlève pas pour autant sa pertinence lointaine au vu du consensus secret ayant permis ce putsch constitutionnel Un éditorialiste n’a-t-il pas avec justesse commenté dans ce sens ce deal du cabinet noir ? «… que l’on ne s’y trompe pas (…) écrit-il.

Ce qui s’est commis (…) au palais des Nations a procédé de la réconciliation que Bouteflika est parvenu à opérer à l’intérieur du système entre ses clans et ses centres de pouvoir». (1) Dès lors que le concept de l’alternance ne se pose plus en termes de compétition intégrale et ouverte, le complexe militaro-affairiste a toutes les latitudes de créer, à tout moment, des conditions autres pour l’émergence de l’homme de substitution. Pour ce faire, le joker Ouyahia, blanchi sous le harnais de la manipulation, serait le profil idoine. Bouteflika ne devrait-il pas commencer par se méfier de sa courtisanerie trop voyante ? Car lorsqu’on a commencé, comme celui-ci, par exercer l’art du canif l’on finit par aiguiser les couteaux. Tous les César de l’Histoire ont connu pareille mésaventure, ce qui ne devrait pas laisser indifférent celui qui réside à El- Mouradia.

Boubakeur Hamidechi

Lire l’analyse de Kharroubi Habbib in Le Quotidien d’Oran du jeudi 13 novembre.

Vanitas vanitatum

novembre 15th, 2008

Les archéologues opèrant en Egypte viennent de dégager des sables du désert la 118e pyramide égyptienne, du côté de Saqqarah. Vous me direz que cela fait une belle jambe au Cairote moyen, diplômé et chômeur qui doit s’expatrier pour pouvoir vivre dignement, mais quand même c’est une satisfaction certaine pour les amateurs de pyramides et de choses antiques. C’est encore une aubaine pour le tourisme qui est la principale mamelle du pays. Mais d’où vient cette manie qu’ont les premiers Egyptiens pour construire ces coûteux édifices?

De leur religion certainement, me direz-vous! Assurément, puisque les anciens potentats du coin sont considérés et se considéraient comme des dieux et se réservaient de luxueuses tombes pour mener une autre «vie» assez confortable dans l’au-delà! Tout cela évidemment au détriment du petit peuple qui sue et qui trime. La première question qui vient à l’esprit est celle-ci: mais d’où vient la richesse qui a permis à ce peuple, à ce régime de construire, au cours de quatre millénaires, de grandioses temples et de magnifiques monuments? Car si on parle de génie, on peut dire tout de suite que le peuple égyptien n’est ni plus intelligent ni plus bête que les autres peuples de la Méditerranée. Sinon, son génie aurait perduré jusqu’à nos jours.

Les historiens s’accordent à dire que c’est l’existence de mines d’or dans le sud de l’Egypte qui permit d’abord la création du culte pharaonique et ensuite la montée de sa puissance.

C’est ainsi que dans le fol espoir de durer éternellement, les fils du Soleil se sont mis à construire, à tour de bras, tous les édifices et monuments qui en font leur gloire. Le touriste s’extasie devant ces réalisations sans penser à toute la sueur et à tout le sang qui ont dû être versés pour faire surgir des sables ces symboles de la vanité humaine: ouvriers, artisans, esclaves, paysans ont dû payer un lourd tribut pour un tel résultat. Cependant, l’exemple égyptien n’est pas unique sur cette terre!
Les Aztèques eux-aussi ont leurs vertigineuses pyramides où ils faisaient des sacrifices à leurs dieux. Que penser des temples de la cité d’Angkor Vat au Cambodge, de ces innombrables, temples qui sont actuellement «mangés» par une jungle envahissante.

Que penser des énigmatiques statues de l’île de Pâques, dressées devant un océan impassible? Les historiens émettent l’hypothèse que le transport de ces statues a causé la déforestation et la ruine de cette île.
Les exemples de cette folie humaine foisonnent: comment des sociétés, des régimes font le vain pari de durer en construisant des monuments ou temples qui assureront leur gloire par-delà les siècles et les siècles, sans se soucier de l’avenir ou du présent de la grande masse de la population.

C’est à qui construira la plus grande église, le plus grand temple, la plus grande statue qui relèguera les réalisations antérieures à l’arrière-plan. L’exemple le plus frappant est donné par l’ancien président ivoirien qui a construit, dans son village natal, une réplique de la basilique de Rome (il a même élevé son petit village natal au rang de capitale!). Cette vanité se retrouve chez les hommes depuis l’Antiquité. Artémise II reine de Carie (Asie mineure), éleva pour son frère et époux, un tombeau de 42 m de haut: le Mausolée. Habib Bourguiba se fit construire, à Monastir, un somptueux tombeau qui abritera ses vieux os. Que retiendra l’histoire de ces souverains?

Le génie ou l’énergie dépensée pour procurer un peu de bonheur à leur peuple ou les folles dépenses occasionnées par des constructions de pierres, froides et sans âme?
«Vanité des vanités, tout est vanité!»

Selim M’SILI

Chorfi, le gourou

novembre 15th, 2008

Gourou Abdelghani est un prévenu défendu par Maître Chorfi, un authentique gourou…!

Il y a comme ça dans la nature, au gré des vents et des crises financières, économiques et autres campagnes présidentielles outre-Atlantique, des noms de famille prédestinée au «bûcher» qu’est la justice. Abdelghani Gourou est un gus qui a importé, en août 2000, (retenez l’année), un conteneur de chaises de bureaux en pièces démontables. Un transitaire est approché par ce Gourou qui était loin de se douter des tuiles qui allaient l’atteindre sept années plus tard. Il est vrai, qu’ignorant tout des procédures douanières, il a préféré confier son dossier au transitaire, lequel avec beaucoup de célérité, va procéder au dédouanement en passant un deal avec nos vaillants gardes-frontières et surtout utiliser les formalités adéquates.

Mais ce qu’il ne fera jamais, c’est de déclarer que la marchandise, proprement importée, était en pièces détachées, ce que la Douane n’avalera pas car le produit fini a plutôt convaincu la Douane du contraire. Et dans ce cas, l’amiable entre en jeu, car à la sortie du port, la marchandise réceptionnée a mis à jour le délit. Entendu sur un procès-verbal, ledit transitaire proposa une transaction. Cette dernière s’arrêta à la fixation d’une amende au «fiel» -égale au double de la valeur de la marchandise- soit deux millions quatre cent quatre-vingt-dix mille dinars.
Ignorant tout des procédures et de l’erreur de la démarche du transitaire, Abdelghani Gourou ne savait pas où il avait mis les pieds en réglant le montant de la «punition» de l’administration des Douanes nationales juste pour récupérer son «bien» du port.

En 2005, le «Gourou» est convoqué par la police qui lui notifie une citation suite à une plainte pour violation de la loi: «Fausses déclarations en l’espèce», fait prévu et puni par les termes de l’article 320 du Code des Douanes.

En 2007, il est renvoyé par-devant le tribunal de Sidi M’hamed, Alger (cour d’Alger) en citation directe pour le délit sus-cité.

Malgré une éprouvante plaidoirie de Maître Chorfi, il écope d’une peine de prison ferme de six mois, peine demandée par ce terrifiant mais adroit Omar Boudjettou, le procureur de l’audience. A la peine, une amende avait été ajoutée. Et quelle amende SVP? Celle égale au double de la valeur de la marchandise importée. Interjetant appel, Gourou Abdelghani avait cru en les assertions de l’autre «gourou» des juridictions: Maître Hadj Chérif Chorfi. Ce dernier allait évoluer en terrain conquis face à la tolérante Latifa Kessenti, la présidente de la cinquième chambre pénale d’Alger. L’avocat de Bab El Oued enfourche un étalon noir en ce lundi 27 octobre 2008, endosse une «armure de…gourou» et prend d’assaut l’inculpation, le verdict du tribunal, la légèreté de la juge du tribunal, et surtout les demandes de Djamel Lidjaoui, ce jovial procureur général, lequel a…«fauté» selon l’avocat en demandant la confirmation du verdict du tribunal de Sidi M’hamed: «Madame la présidente, mon devoir fait que je me sens obligé d’aller au-devant d’hostilités à l’encontre et des procédures engagées et du jugement», s’écrie, tout de go, l’avocat à la barbe blanche.

A cet effet, il va tout tenter pour descendre en flammes l’idée préconçue de cette indivisibilité du parquet, et ce, dans un style qui lui est particulier, il va démolir tout simplement ce que le premier juge de Sidi M’hamed, Alger, qui semble avoir ignoré que la prescription de l’action publique étant d’ordre public, peut être soulevée à tout moment du procès et même d’office par le juge de la première instance, et Maître Chorfi de marteler, qu’en rejetant ce moyen, le juge en question aura superbement violé la loi, et c’est pour cela que l’appel a été mis sur pied.

Les débats entamés, le prévenu Gourou a déclaré tout ignorer de la procédure confiée au transitaire curieusement absent dans ce dossier! Alors qu’il avait été honoré pour son boulot.

Murmurant des mots à l’endroit de ses deux charmantes conseillères, les délicieuses Douad Adda Soltana Ouriachi et Souraya Benhamiche, la présidente Kessenti, «armée» superbement d’un radieux sourire, fixa Lidjaoui pour les demandes du ministère public. Et lorsque ce brave Djamel eut demandé la confirmation du jugement, l’avocat se rua carrément sur le parquetier en ces termes rugueux, crus mais à la limite de la correction: «Qu’est-ce donc que la confirmation d’un jugement nul sorti d’une démarche aussi nulle?» Kessenti, en Latifa qu’elle est, avait exigé le silence dans la salle. Après une longue explication (lire ci-contre…), l’avocat se tournera vers le procureur général: «Vous avez là, devant vous et entre mes phalanges, le récépissé des Douanes de ladite amende déjà réglée en août 2000.

Comment donc vous êtes-vous arrangé pour ne pas vous en apercevoir ni vous ni la juge de la première instance? Ce qui est en soi aussi ridicule que ces façons d’étudier un dossier sans en examiner des pièces aussi capitales», avait asséné Maître Chorfi qui conclura ainsi: «C’est pourquoi il ne faut pas être devin ni…gourou pour vous demander de faire attention et de me suivre dans mes demandes: primo, c’est nul, nul et nul. Secundo, à titre subsidiaire, je ne peux que demander la relaxe pure et simple: pure comme l’eau de roche, et simple comme ce dossier.» Une mise en examen aura lieu dans une semaine.

Abdellatif TOUALBIA

El Hadjar, la preuve par deux

novembre 15th, 2008

S’il suffisait d’être touché à un niveau ou à un autre par la crise financière internationale pour s’énorgueillir d’être admis dans la cour des grands, l’Algérie aurait trouvé la preuve de son “intégration” dans l’économie mondiale par le péril qui guette désormais le complexe d’El Hadjar cédé depuis des années au leader mondial Arcelor Miltal à hauteur de 70 % et qui est en train de subir les contrecoups des difficultés conjoncturelles de la maison-mère.

De la même manière, s’il y avait quelque fierté à tirer d’une économie dangereusement introvertie sous prétexte qu’elle nous met à l’abri des turbulences planétaires, les dirigeants algériens n’auraient pas été si seul à en admirer la performance. Avant, quand l’intention, même velléitaire, d’aller aux profondes réformes dont l’économie algérienne avait besoin était quand même assez nettement exprimée, on expliquait les lenteurs qu’elles prenaient par de sombres difficultés techniques.
Aujourd’hui qu’il est clair que seule l’absence de volonté politique a été à l’origine du statu quo, c’est tout juste s’ils ne nous expliquaient pas que finalement ils avaient raison de “ne pas se précipiter”.

Mais ils font mieux, ils agissent pour nous le démontrer. Plus clairement, nos tiroirs caisses, coffre-fort de la corruption, paradis du passe-droits, usines à scandales et cimetières des projets utiles étaient les meilleures banques du monde et on l’ignorait.

La politique, ou plutôt la non-politique foncière qui organise les choses de façon à ce qu’on puisse obtenir un terrain pour tout sauf pour un investissement productif et créateur d’emplois est toujours là où elle était. La procédure administrative, le système fiscal et la douane, certainement les plus dissuasifs au monde n’ont apparemment aucune raison d’être revus.

Le pire est que tout ça n’est même plus à l’odre du jour, puisque mine de rien on remet les nationalisations au goût du jour avant même la crise des subprimes et les vieux démons inquisiteurs contre les investisseurs étrangers coupables d’avoir des intérêts, sont de retour. Pourtant, ils ne sont pas venus, les investisseurs, mais il faut rester vigilant.

D’autant plus que la conjoncture qui ajoute un peu d’eau au moulin des gestionnaires de l’économie algérienne risque de ne pas durer. D’ici là Arcelor Mittal, dont les problèmes ne sont pas dus seulement à la crise mondiale mais aussi aux conditions dans lesquelles elle est passée à un autre statut, aura peut-être été (re)nationalisée. Les quelques améliorations, les équilibres et les perspectives compétitives qu’El Hadjar promettait aux mains du savoir-faire indien n’auront alors été que des erreurs de parcours.

La crise ne sera peut-être pas là parce que Paulsen et Brown s’y emploient sans nous, alors on se rendra encore à l’évidence. L’économie algérienne ne profite ni de la guerre ni de la paix. Elle ne participe pas aux batailles et elle ne construit pas à l’ombre des paisibles opportunités.

S.L.

Cinq ans de solitude

novembre 15th, 2008

En 2014 donc, Abdelaziz Bouteflika, 77 ans, et Noureddine Yazid Zerhouni, 77 ans, tous deux nés au Maroc, seront encore aux commandes de l’Algérie, si tout va bien. S’il leur arrivait quelque chose en revanche, de nouvelles complications apparaîtraient tant le système est fermé et le changement d’une seule pièce bousculant l’ensemble du dispositif, même s’il s’agit surtout dans ce cas de pièces de musée. Comment en est-on arrivés là ?

Il suffit de remonter le temps, seul véritable ennemi des Algériens. Pendant la guerre de Libération, les combattants de l’indépendance n’étaient pas nombreux et devaient souvent se battre contre leurs compatriotes anesthésiés et craintifs, le turban sur la tête étant censé les protéger de l’histoire. Pendant le coup de force de l’été 1962, les opposants à la mainmise de l’armée des frontières n’étaient pas non plus nombreux et avaient d’ailleurs perdu la bataille devant le consensus populaire.

Quand Houari Boumediène et, sous son aile, le même Abdelaziz Bouteflika avaient entrepris d’instaurer un état policier, ils n’étaient qu’une poignée à soutenir qu’il ne servait à rien de mettre les opposants en prison, alors que l’Algérie ne produisait déjà plus rien et importait même des prisons. Quand les émeutes d’Octobre avaient éclaté, la majorité des Algériens a (re)voté pour Chadli Bendjedid quelques jours après.

Quand le terrorisme est apparu, ils n’étaient qu’une poignée à se défendre et quand les parlementaires n’ont enregistré que quelques voix contre au changement de la Constitution, ils sont restés dans l’air du temps. Les Algériens subissent l’histoire en attendant leur mort personnelle. Les Algériens subissent l’événement pendant que leurs dirigeants leur cachent l’agenda. Ahmed Ouyahia l’a bien rappelé, avec un sourire malicieux : « L’opposition ne prendra jamais le pouvoir. » Cinq ans de solitude nous attendent. On n’a jamais été aussi seuls.

Par Chawki Amari

Redéfinir le concept de démocratie

novembre 15th, 2008

Quelle serait la nature du système politique dont l’instauration est poursuivie et qui aurait à définir l’avenir politique du pays ? Aurait-elle à être définie sous la pression des rapports de forces ou des rapports d’opinons? On a toujours cherché à mesurer toutes les décisions qui se prennent au sommet de l’Etat à l’aune de leurs rapports à la démocratie mais le problème peut résider dans le fait que le concept de démocratie n’est pas défini consensuellement du fait même que le processus de transition n’avait et n’a toujours pas procédé d’un processus de transaction.

Une définition consensuelle aurait pu permettre de pouvoir individualiser les responsabilités en rassemblant les preuves du délit ou des déviations. Quels sont les éléments constitutifs du concept de démocratie quand on fait le constat que selon qu’il s’agisse d’un camp ou d’un autre, il n’y a pas une vision commune en la matière ? N’est-ce pas que notre pays est « démocratique et populaire » depuis son accès à l’indépendance ?

Seul un consensus peut rassembler les forces et définir les itinéraires à emprunter, les repères qui devraient permettre le maintien sur le cap de la démocratie et l’atteinte du projet politique ainsi poursuivi. Une fois qu’aura été défini le contenu du concept de démocratie, alors que maintenant il ne s’agit pas du même contenu, il s’agira d’en identifier les acteurs. Faudrait-il que ce soit les partis qui conduisent la mise en œuvre de toute la démarche globale devant nous permettre de plus en plus et de façon certaine de nous en approcher ou bien alors faudrait-il en responsabiliser exclusivement les institutions?

La question se pose ainsi en ces termes au vu du constat qu’en réalité les partis politiques, tous tels qu’ils sont, ne participent en rien à la définition des orientations politiques pour le pays et que même s’il arrive qu’on cite des partis comme impliqués par exemple dans l’élaboration de la Constitution ou dans la définition des amendements de celle-ci, il s’agit ici de toutes les constitutions faites depuis l’indépendance, ce sont plutôt les dirigeants et cadres de ces partis mais qui se sont impliqués en tant que fonctionnaires.

Du moment qu’il est admis que les députés ont renoncé à leurs prérogatives constitutionnelles, qu’ils n’initient pas des lois, qu’ils ne contrôlent pas l’action du gouvernement, pourquoi dans ce cas ne pas du tout cesser de compter sur les partis, s’en passer même pour autre phase de transition, redémarrer à zéro, redéfinir les critères devant présider à leur création, et donner une chance cette fois-ci à la démocratie sur la base de la création de nouveaux partis politiques sans passé mais avec seulement un avenir dans un contexte sans reconduction des contradictions.

B. B.

Quand la Télévision s’appuie sur la Radio

novembre 15th, 2008

«J´adore la Télévision. En fermant les yeux, c´est presque aussi bien que la radio.»
Pierre-Jean Vaillard, extrait de Le hérisson vert

Comment une Télévision peut monter au bout du monde si elle ne peut s’appuyer sur la Radio? Formés par la radio, ils ont tous explosé à la télévision. La télévision a cette chance de montrer les visages de ces voix célèbres qui occupent les ondes et qui ont donné, un jour, un semblant de joie et de bonheur aux foyers algériens. Que sera la télévision sans la radio et la radio sans la télévision?

Lors de la cérémonie des Ecrans d’Or, on a remarqué la présence de beaucoup de visages d’artistes et certains animateurs qui ont bien accepté d’assister à une cérémonie où, d’avance, ils ne seront pas récompensés. Il est vrai, on ne peut pas plaire à tout le monde, mais il est sûr qu’on plaît au moins à certains. En regardant un livre sur l’histoire des animateurs d’Al Jazeera, j’ai remarqué que nombre d’entre eux ont travaillé à la radio Chaîne I, tout comme Kamel Alouani, célèbre présentateur du JT de l’Entv, qui a travaillé à la radio marocaine Medi1. Même Khadidja Benguenna a travaillé à la Radio algérienne avant de rejoindre la Radio suisse en langue arabe pour s’occuper des «dossiers de la semaine».

Il faut dire qu’en Algérie, les journalistes diplômés de l’Itfc effectuent souvent leur stage à la Radio et à la Télévision, qui sont situés, à la grande satisfaction du monde, dans le même bâtiment au boulevard des Martyrs. Mais fallait-il concilier les deux? oui.

Ce n’est pas une nouveauté puisque de nombreux grands animateurs et journalistes de la Radio française, par exemple, sont passés avec succès à la télévision, c’est le cas de Cauet, Naguy, Guillaume Durant, Jean-Claude Bourret ou encore Ruthel Krief ou même Elkabach, qui occupa même le poste de directeur de France 2. En Algérie, on ne déroge pas à la règle, Azzedine Mihoubi, qui fut journaliste puis directeur de l’information dans la période la plus sensible de l’Algérie, à la fin de années 90, est aujourd’hui directeur général de la Radio nationale.

Mais c’est surtout les nombreux animateurs formés puis lancés par la Radio, qui ont rejoint Canal Algérie, c’est le cas notamment de Yacef Melina, Karim Amiti, Dalila Smaïl, mais aussi Youcef Sayah ou encore Mehdi, Linda Tamadrari ou Rabia. Il y a également ceux qui appartenaient à la Radio et qui ont rejoint des productions privées pour le compte de la Télévision nationale. C’est le cas notamment de Sofiane Dani et Nafaâ El Djoundi, des enfants de la radio qui se font «une guerre loyale» sur un créneau très porteur, le divertissement, mais ô combien important pour l’évolution de la Télévision.

Ils ont cette facilité de parler au micro et cette audace de toucher à des sujets très originaux. Mais il y a parfois des cas où la Télévision offre à la Radio des journalistes et des animateurs pour ses programmes. C’est le cas de Hafid Derradji, Benyoucef Ouadia et même Sami Noureddine qui concoctent des programmes sportifs très intéressants sur El Bahdja FM.

Mais cette complémentarité est limitée car la Radio ne veut pas, parfois, que la Télévision, qui a plus de moyens et d’écoute, lui vole les concepts de certaines émissions à succès et vice versa. Néanmoins, il faut encourager ce «cumul» et cette coexistence Radio- Télévision qui avantage plus la création et la concurrence dans un monde où l’audiovisuel est essentiellement composé de deux mots: le son et l’image.

Amira SOLTANE

La drogue en conquérante

novembre 15th, 2008

Alors que les gens de l’agriculture disent orienter leurs efforts pour qu’à terme, la terre algérienne puisse assurer son autosuffisance alimentaire à la nation, d’autres Algériens privilégient d’autres cultures pour acquérir au pays son indépendance en… narcotiques. Après les champs découverts il y a quelques mois dans les faubourgs de la sainte ville d’Adrar, les services de la Gendarmerie nationale viennent d’arrêter à Aïn Benian, quartier à l’ouest de la capitale, un jardinier qui se proposait de promouvoir la culture de cannabis dans les maisons algéroises et même ailleurs.

L’homme se proposait de tester chez lui des plants de cannabis ramenés de Béjaïa pour voir s’ils pouvaient s’adapter au climat algérois. Il faut dire que depuis quelque temps, la drogue connaît un succès toujours grandissant, et qu’en place du jasmin, les familles, la crise aidant, planteront du hash dans les pots de fleurs sur leurs balcons. Les communiqués de presse de la gendarmerie font état régulièrement d’arrestation de narcotrafiquants et de saisie de leurs produits. Des marchandises qui ne se comptent plus en grammes comme dans le temps mais dont le poids gonfle de manière inquiétante. Paradoxe : alors qu’officiellement, des campagnes coûteuses sont lancées contre la misérable cigarette, il ne se trouve pratiquement plus un seul quartier d’Alger où la drogue est absente. Alors que la drogue dure préfère fréquenter les milieux nantis, dans les quartiers populaires algérois, la chira est consommée publiquement.

Ses fans doivent certainement savoir que la gendarmerie n’intervient pas dans les zones urbaines et que la douane ne s’aventure pas à traquer les dealers dans ces lieux où l’Etat ne pointe généralement pas. Comme s’il s’agissait de territoires étrangers qu’on s’interdirait de violer. Si l’on sait que la consommation de drogue dépasse de loin celle de la viande dans ces quartiers, rien ne vient nous dire l’importance exacte des quantités usagées sinon l’odeur qu’on est forcé d’humer au passage dans les coins de rue. Et c’est à se demander si actuellement les villes d’Algérie n’empesteraient pas plus que celles du Maroc, notre grand et fidèle fournisseur ?

La drogue pénètre la société algérienne en profondeur au point d’atteindre les établissements scolaires, là où il est attendu que les générations y trouvent le savoir. Le fléau ronge une bonne partie de nos jeunes, ce qui ne peut laisser les parents indifférents. Mais plus que la propagation fulgurante du mal, c’est la mollesse de la riposte qui préoccupe. L’Etat, qui est parfaitement au courant de la situation, ne peut se contenter du rôle de spectateur. Il devient impératif qu’il tarisse vite les sources de la drogue. Il est inadmissible que de vulgaires narcotrafiquants le vainquent.

Mohamed Zaâf

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