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7e art au Maroc : Les figurants font leur cinéma
L’industrie cinématographique mondiale, y compris les superproductions, s’est comme délocalisée dans cette région sud du Maroc où elle trouve les décors naturels et les conditions qui conviennent à ses ambitions, comme dans Kingdom of Heaven, un film sur les croisades.

Dans les douars, à l’instar de la région de Ouarzazat, le tournage d’un film est toujours accueilli dans la fête et l’emploi même saisonnier qu’il offre est toujours accompagné de mutations positives qui s’opèrent au sein de ces localités perdues, car, loin d’être vécu comme une invasion culturelle, c’est l’ouverture au monde qui est mise en avant. Ici, c’est le retour des Italiens dont il s’agit. C’est d’abord un film sur le cinéma et le « rôle » accordé au réalisateur italien Pasolini connu pour ses engagements politiques en faveur des pauvres, mais aussi des marginaux, qui n’a rien de politique (ou presque).

« Pasolini a tourné œudipe Roi au Maroc et un des interprètes du film a réellement connu ce réalisateur qu’il a côtoyé pendant quelques mois », rappelle Daoud Oulad Syad pour donner du crédit à son personnage principal, Thami (Mohamed Majd), un marginal, presque un prophète annonçant le retour de son idole et qui se base sur ce type d’expérience pour mener tout un travail de formation d’acteur au profit de ses concitoyens à qui il promet du travail avec le retour de « son ami », mort il y a plus de 30 ans. Le travail est tel que quand les producteurs décident d’arrêter le tournage, c’est tout un mouvement de protestation qui se crée. Dans un casting de figurants, un joueur de goumbri chante indifféremment Pasolini, le communisme, le socialisme et le capitalisme.

Cette séquence reprise dans un bar rappelle de manière forte Jaques Dutronc qui chant Je suis pour le communisme, je suis pour le capitalisme. Mais la comparaison s’arrête là, car, ici, il n’y a nulle trace d’« opportunisme » et les personnages qui cherchent juste un travail pour vivre sont montrés dans toute la splendeur de leur authenticité, c’est-à-dire désintéressés. « L’idéologie, c’est pour les intellectuels, les gens lettrés ; mais ces pauvres gens ne cherchent qu’à gagner leur vie », explique le réalisateur qui a aimé, par ailleurs, le fait que le public ait pu réagir à l’humour qui a caractérisé certains passages de son film, lequel, sur un autre niveau, traite évidemment de la société marocaine avec parfois beaucoup d’autodérision, l’hypocrisie sociale, la censure, la corruption, etc. Diplômé en physique mathématique, Daoud Oulad Syad est venu au cinéma par le hasard d’une rencontre parisienne. Mais c’est la photo, un métier qu’il a exercé pour la presse, qui lui a ouvert la porte. On est déjà loin du « théorème » de Pasolini ; mais c’est surtout de la fin d’une conception du cinéma, celle qui a prévalu à l’époque de l’atypique réalisateur italien, que l’artiste marocain a voulu nous parler.

Djamel Benachour
 

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