AccueilFestival2008 Trois questions à Saïd Nanache, auteur du documentaire Les Âmes de l'Exil, "Olivier d'Or" du 7ème fe
Trois questions à Saïd Nanache, auteur du documentaire Les Âmes de l'Exil, "Olivier d'Or" du 7ème fe
Trois questions à Saïd Nanache, auteur du documentaire Les Âmes de l'Exil, "Olivier d'Or" du 7ème festival FCNAFAMohamed Bensalah : Vous venez de réaliser le documentaire Les Âmes de l'exil qui vient de remporter l'"Olivier d'Or" de la 7ème édition du Fcnafa. Parlez-nous de votre parcours cinématographique et des raisons qui vous ont incité à réaliser ce documentaire.
Saïd Nanache : Je suis parti d'Algérie, comme je l'avais dit dans mon premier film, par tradition, tout mon village cultivait le départ lointain qui est devenu un mythe ! Mais, personnellement, j'ai toujours senti en moi un appel vers un chemin singulier, une âme solitaire qui, enfant, fuguait pour se rendre au cinéma, et j'avais besoin de partir afin de découvrir ma vocation cinématographique et me mélanger à d'autres civilisations, pour me cultiver et au retour, apprécier la culture de ma naissance !
Vivre à l'étranger, c'est un peu comme regarder du ciel les siens et, malgré soi, les juger, les critiquer, mais bien sûr sans méchanceté : d'autres valeurs que les siennes viennent perturber le supposé bien-être de chaque exilé, bien-être acquis pendant sa tendre enfance. Nous, exilés, sommes devenus plus exigeants vis-à-vis du civisme et avons acquis une discipline devenue mécanique ! Ce qui implique une rapidité, une efficacité visible dans l'amélioration du confort de tous les jours, et la participation volontaire à la prospérité de son pays d'accueil.
En passant dans mon village ou ailleurs en Algérie, j'ai remarqué depuis toujours l'état des routes, des trottoirs, des arbres… Et c'est toujours la même chanson ! Au lieu d'attaquer le mal à la racine, tout le monde se contente du léger passage-éclair d'un soi-disant travailleur, ou d'une machine. Les champs donnant sur la route débordent et versent leurs terres dans les fossés ! Alors qu'il serait simple que les propriétaires remontent le surplus de terre loin de la route ou bien qu'ils s'en éloignent de quelques mètres pour labourer, et le problème serait résolu ! Autre exemple flagrant ! : les trottoirs algériens sont soit inexistants, soit si hauts qu'ils arrachent les pare-chocs des voitures et font tout simplement tomber enfants ou personnes âgées !
Mohamed Bensalah : Revenons, si vous le voulez bien, au cinéma, à votre façon de l'appréhender, de le construire…
Saïd Nanache : Oui, bien sûr… J'ai été le concepteur du script du film (en hommage à ma grand-mère), l'idée me trottait dans la tête depuis pas mal de temps ; j'ai tourné dans mon décor naturel, mon village en Kabylie. J'ai bénéficié de très peu de temps pour concevoir et réaliser ce film… J'aime bien m'imprégner de la spontanéité et du naturel du documentaire… Tout a été tourné en très peu de temps.
J'aime les belles choses ! Dans mon cinéma, je souhaite défendre et rendre grâce aux objets morts ou vivants, et montrer la beauté de leur âme. Dans cette démonstration visuelle, mon intention est de pointer du doigt sans retenue aucune, toute atteinte par l'être humain, au sacrilège de ce charme qui fait la vie.
J'ai commencé à travailler concrètement sur ce projet en l'an 2000, ayant passé plusieurs fois la "plénière" du CNC français, je n'ai finalement pu obtenir aucune aide du CNC (centre national de la cinématographie). Je ressentais la nécessité impérieuse de filmer quelques personnages sur le point de passer de l'autre côté de la vie, comme l'ancien engagé militaire dans l'armée française et la vieille Dame Tatah de peur de perdre leur témoignage en images. J'ai donc pris l'initiative d'amorcer le film sans financement aucun.
Mohamed Bensalah : Au fil des entretiens que vous venez d'accorder ici et là, vous parlez de familles déchirées et désorientées par le mythe de l'exil mais attachées aux valeurs de l'existence humaine. Si je vous demandais une lettre d'intention pour annoncer votre film au public, que me répondrez-vous ?
Saïd Nanache : Que les belles choses n'ont pas de prix. Comme l'eau de la source qui traverse villes et villages, véritable breuvage pour le monde vivant, j'espère que de ce film découleront d'autres histoires… De belles histoires.
Comme introductif, j'écrirai ceci : en passant dans les sentiers des villages kabyles d'Algérie du nord, on entend souvent des airs chantés, mêlés au tintement des moulins à blé ou à celui des moulins à huile… Ils forment une ambiance musicale de consolation et de grande attente. Dans les chants traditionnels kabyles, le retour au pays de l'enfant exilé est un véritable mythe exhalé. Il reste aujourd'hui un petit nombre de ces mères qui ont vu leur enfant ou leur mari partir pour un jour et parfois pour toujours, et la majorité d'entre elles ont disparu avec leur espoir, transmettant souvent cet héritage douloureux à leurs filles.
Ce film leur rend hommage, à ces mères courageuses qui ont survécu à la misère, à la colonisation et au célibat forcé, alors que leur maris ou enfants sombraient peut-être dans l'alcool, les bars de prostituées ou les jeux de hasard. Mon objectif est de faire la lumière sur cette période en images, de montrer ces mères dans un espoir qui fut celui d'un jour, puis de deux, et qui est devenu celui de plusieurs décennies même. Ces femmes attendent le lendemain car, peut-être, l'enfant attendu viendra-t-il par surprise. L'une de ces femmes, Totah, a vu ses quatre enfants partir très jeunes pour la France et retrouver leur père qui avait déjà sombré dans la débauche à Paris. Tous ont fait des choix de vie différents ; tous ne sont pas revenus au pays. Émigré, immigré, polygame, ou revenu dans un cercueil… Pour ces mères, lorsque l'on quitte le pays, on n'y revient jamais complètement. Les âmes exilées de ces garçons absents les troublent jusqu'à leur dernier souffle.
Enfin, ce voyage dans les odeurs et les gestes du passé complètera, je l'espère, la mémoire occultée de l'histoire de l'Algérie. Et peut être nous permettra-t-il de comprendre la tragédie qu'elle traverse aujourd'hui.
Mohamed Bensalah
Interview parue dans El Djoumhouria (Oran), en janvier 2007.
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Le commissariat du festival consacrera trois hommages à trois femmes ayant marqué le cinéma d’expression amazighe et rehaussé le prestige du 7ème art algérien dans sa diversité linguistique et artistique. Il s’agit de : BACHENE Djamila connue sous le nom artistique DJAMILA, OUBACHIR Hadjira et de AMZAL Djamila.
Le Jury est constitué d’hommes de cinéma et de culture de divers horizons ; il sera composé de :
- MOUZAOUI Ali, président - KOUIDER Amin - KADA Kader - El Djouher Amhis - Nedim Gürsel - Fetmouche Omar -Jean-Paul Garcia
La programmation de l’édition 2009 comporte plusieurs nouveautés, outre la tenue de tables rondes thématiques spécialisées animées par des compétences reconnues, un hommage particulier sera rendu à des femmes comédiennes sur deux générations ayant marqué le cinéma algérien d’expression amazighe.
L’objectif essentiel du festival du film amazigh est de présenter la production filmique nationale et internationale sous une optique culturelle, artistique et sociologique.
Il se veut aussi le reflet des expressions nationales dans leur diversité de mosaïque et le signe visible de notre attachement à toutes les expressions qui composent notre personnalité, notre mémoire et notre histoire.
Je suis heureuse que cette dimension de notre identité soit portée dans le 7ème art algérien, comme preuve de nos efforts à tous à protéger ce qui nous est commun et précieux ; notre itinéraire à travers les âges, l’emprunte de nos aïeux et leur apport à la culture de l’humanité et du monde.
C’est pourquoi mon département ministériel a toujours soutenu et apporté son appui à l’organisation de cette manifestation, soucieux de sa pérennité et de son renforcement.
L’Algérie est un pays où la diversité culturelle n’est pas un slogan ni un mot creux. La langue amazighe, langue nationale qui a acquis une place importante dans la littérature algérienne, dans la musique, occupe aujourd’hui le champ du cinéma.
Je suis fière que le festival soit un moyen de l’ancrer davantage dans cet art car une langue s’épanouit mieux lorsqu’elle est véhiculée par les expressions de la modernité. Tout comme la littérature, le théâtre ou la chanson, le film participe aussi à la promotion de tamazight.
Le film amazigh est désormais une réalité de notre paysage cinématographique. Je suis convaincue de son rayonnement futur et lui souhaite beaucoup de succès.