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L’ENNEMI INTIMEDE FLORENT SIRI EN AVANT-PREMIÈRE À IBN ZEYDOUN
Sortie au début du mois d’octobre 2007, l’Ennemi intime de Florent Emilio Siri, qui n’a fait que 500 000 entrées, a été projeté, mercredi dernier, en avant-première, à la salle Ibn Zeydoun, Riad El-Feth. Une foule dense se bousculait au portillon, l’Ennemi intime a attiré toutes les curiosités. Parce qu’il s’agit de la guerre d’Algérie, oui mais, c’est avec un regard français.

Critique ! on y parle de torture, de napalm… De tortionnaires : l’armée française. De terroristes : fellagas, moudjahidine, FLN… et puis surtout d’un bilan qui remet en cause ce que contiennent tous les livres d’histoire algériens. Entre 300 et 600 000 morts du côté algérien : ce sont des historiens français qui l’ont attesté ! rien à voir avec la version officielle du gouvernement algérien au lendemain de l’indépendance… Colis piégé ou production courageuse ? Dans tous les cas, ce sont des centaines d’Algériens qui ont assisté à la projection. Les avis divergent tout comme l’histoire de la guerre d’Algérie reconnue à peine en 1999 par la France. Les spectateurs sont entre deux séquences satisfaits de la reconnaissance visuelle des exactions commises contre la population, les civils pendant l’occupation. Certains ont pleuré les souvenirs de leurs parents victimes, d’autres se sont rappelés ces instants. Et des instants, il y en a eu. Florent Emilio Siri a excellé dans sa mise en scène. Il a choisi l’option d’un soldat idéaliste : Benoît Magimel (lieutenant Terrien). Peut-être un peu trop. Dans l’Ennemi intime, la guerre se joue dans le sentiment et le ressentiment. Les harkis, une plaie qui ne parvient toujours pas à cicatriser même après 46 ans. La France mise chaos par des groupuscules de moudjahidine éparpillés dans les montagnes... L’Ennemi intime pose énormément de dilemmes. Difficile de se faire une opinion constante. Florent Emilio Siri a choisi l’universel. D’après le réalisateur, il s’agissait de dépasser le cadre conventionnel de la guerre d’Algérie. Se placer à l’échelle humaine... Avec L'Ennemi intime, Benoît Magimel signe sa troisième collaboration avec Florent Emilio Siri. Nous les avons rencontrés juste avant la projection. Voici le récit d’une histoire qui a débuté en 2003.
Sam H.

FICHE TECHNIQUE


Synopsis : Algérie, 1959. Les opérations militaires s'intensifient. Dans les hautes montagnes kabyles, Terrien, un lieutenant idéaliste, prend le commandement d'une section de l'armée française. Il y rencontre le sergent Dougnac, un militaire désabusé. Leurs différences et la dure réalité du terrain vont vite mettre à l'épreuve les deux hommes. Perdus dans une guerre qui ne dit pas son nom, ils vont découvrir qu'ils n'ont comme pire ennemi qu'eux-mêmes.


Fiche technique :
Date de sortie : 3 octobre 2007
Réalisé par Florent Emilio Siri
Casting : Benoît Magimel, Albert
Dupontel, Mohamed Fellag,
Lounès Tazaïrt, Abdelhafid
Metalsi,Guillaume Gouix, Salem
Aït-Ali-Belkacem Aurélien Recoing
Film français, marocain.
Genre : Guerre, Drame
Durée : 1h 48min.
Année de production : 2006
Distribué par SND

FLORENT EMILIO SIRI & BENOÎT MAGIMEL AU SOIR D’ALGÉRIE :

"Tu n'es déjà plus algérien et tu ne sera jamais français"


Le Soir d’Algérie : Pourquoi avez-vous décidé de le tourner au Maroc ?

Florent Emilio Siri : Parce que l’on ne voulait pas tourner en Algérie ! (Rires). Benoît Magimel : Non, en fait le Maroc proposait une infrastructure et une logistique idéales pour le film. Nous n’avions pas trouvé les mêmes services ici. Nous n’avions pas beaucoup de moyens pour réaliser le film. Nous sommes venus avec très peu de Français. Nous avions besoin de compétences locales. C'est-à-dire que pour un film de cette ampleur, nous sommes venus entre 20 et 25 Français et nous avions besoin de cent cinquante personnes par jour. Je crois qu’aujourd’hui en Algérie, qui est une nation de cinéma et de cinéastes, il n’y a pas assez d’ouverture. Ce qui ne permet pas du tout d’avoir un film de cette envergure.
C'est-à-dire …

Benoît Magimel : Je pense que je vais le dire en arabe ! L’Algérie de par son histoire est quand même plus une nation de cinéma que le Maroc. Je dirais que pour moi, c’est fini ! Florent Emilio Siri : Non, c’est pas ça. Mais bon, on ne parle pas de cinéastes mais plutôt du côté technique. C’est devenu très télévision ici. Les gens qui connaissent le 35 mm, ce n’est pas très répandu ici. Pour les petits films, ça va, on arrive à se débrouiller ! Les Marocains, ils font beaucoup de films américains et français par an. Ils ont beaucoup de techniciens. Et puis, il y avait les hôtels, nous étions plus d’une centaine et à Tizi Ouzou, pour recevoir, c’était compliqué. Sans compter les autres problèmes qui sont venus se greffer, notamment d’assurance, de sécurité… Et surtout nous avions beaucoup d’armes et d’explosifs. Mais ce que nous avions essayer de faire était de trouver des décors qui se rapprochent le plus de la Kabylie. Nous avons donc décidé de tourner à Sidi Mellal dans le Moyen Atlas.

Patrick Rotman étant absent, il aurait été souhaitable de connaître les sources historiques qui font que vous affirmez que le bilan officiel des victimes algériennes de la guerre est de 300 à 600 000.

Florent Emilio Siri : Ce sont les historiens justement. Sur les chiffres, les historiens français et certains historiens algériens s’accordent sur ce chiffre. Je ne sais pas, je ne suis pas historien. En Algérie, la version est de 1 million cinq à deux millions… mais le chiffre revient déjà plus vers un million en ce moment. Mais moi ce que je trouve de plus terrible, ce n’est pas le nombre, mais plutôt le fait de ne pas savoir exactement combien de morts et de disparus… de ne pas avoir pu les identifier !

Vous remettez en cause après cinquante années d’histoire inscrites dans nos mémoires …

Florent Emilio Siri : Je sais qu’il y a une polémique sur les chiffres. Le film est sorti en France et Patrick Rotman s’est basé sur ce qui se passe en France, sur les chiffres qui sont établis en France pas en Algérie. Honnêtement, je ne connaissais pas le chiffre algérien, je trouvais déjà qu’entre 300 et 600 000 morts était un chiffre énorme. Surtout ce que je me disais en fait qu’ils ne connaissent pas le nombre, moi c’est ça qui m’a interpellé le plus. Le chiffre français est précis 23 700 morts alors que du côté algérien, ça reste une estimation ! Je suis désolé, moi je ne suis pas historien ; que les historiens français et algériens s’accordent. Il faut toujours se méfier des chiffres officiels. Parce qu’en France, si vous parlez de l’armée, il y en a peut-être 100 000. C’est juste des estimations !

Absent de la scène et des écrans depuis près de 15 années, Mohamed Fellag n’est pas venu pour l’avant-première en Algérie…

Florent Emilio Siri : Non, il est en tournage. Je crois que dans tout le Maghreb, il n’a donné aucun spectacle. Ce que je sais c’est que le prochain sera à Alger.

Tortures, napalm, vous vous êtes attaqué de front à des sujets qui restent encore tabous…

Florent Emilio Siri : Je ne savais pas que les Français avaient utilisé des explosions de Napalm en Algérie. Moi ça m’avait choqué. C’est la première fois qu’on le montre. Déjà que l’on ne parlait pas de torture mais alors en comparaison pour le Napalm, jamais. Pour nous, c’était important de montrer que les Français l’utilisaient. Le plus grand, le général Aussaress, reconnaît la mort de 400 Algériens. Aussaress a été l’un des plus grands résistants français. Il est aujourd’hui considéré comme un tortionnaire.

On a le sentiment après avoir vu Cartouche gauloise, … L’ennemi intime que la France lance une offensive en images…

Benoît Magimel : Il y a en France, un grand silence autour de la guerre d’Algérie. Dans certains films qui sont faits, ce n’est pas tant la guerre mais surtout le fait de montrer ces hommes pris dans l’engrenage de la guerre. C’est général à tous les films. Après, c’est une volonté. Moi je ne connaissais pas l’histoire de cette guerre. Comme il n’y a rien dans nos livres d’histoire, j’ai appris beaucoup de choses avec Patrick Rotman. Aujourd’hui, au moins, il y a un film : L’ennemi intime.

Justement votre volonté s’est exprimée comment ? C’est quoi l’histoire des harkis… la violence, la souffrance, la politique ?

Florent Emilio Siri : Je ne fais pas de politique. Je voulais montrer la complexité d’une guerre. Il ne s’agissait pas de montrer les bons ou les méchants. Je ne fais pas, ou l’histoire des harkis ou celle des pieds-noirs. .. Je voulais montrer des jeunes transformés et tués par cette guerre, une section d’hommes. Je montre aussi les harkis avec leurs contradictions. Avec le fait qu’ils se battent pour la France. D’autres qui ont les pieds dans les deux camps, ils ne savent pas lequel choisir. Montrer aussi ces hommes qui ont combattu aux côtés de la France pendant la Seconde Guerre mondiale qui deviennent après soit harkis ou comme le personnage de Fellag qui a choisi l’autre côté. C’est ni blanc ni noir ! C’est comme ce capitaine de l’armée française qui a les dents en or qui s’était fait torturer par la Gestapo et qui devient un tortionnaire en Algérie. C’est montrer les contradictions humaines.

Comment une peut transformer ! Et vous montrez les massacres des villageois effectués par les fellagas ?

Florent Emilio Siri : Je montre aussi des Français massacrer des villages. Dans le film, je n’ai pas de contre-champ sur eux. C’est le jeune Amar qui a choisi de se battre pour libérer son pays. C’est un enfant qui devient un homme. Au départ, il ne sait pas, il n’est pas dopé par cette guerre comme n’importe quelle population. Il est ballotté !

On a l’impression que dans cette guerre, on passait d’un camp à un autre en désespoir de cause

Florent Emilio Siri : Par peur beaucoup. Ces personnages basculent. Pour Amar, c’était beaucoup de choses. Au début, il s’accroche au lieutenant Terrien. C’est le seul personnage humain. Ensuite, c’est quand les Français tuent son frère lors des explosions de napalm … la séance de torture. Il bascule finalement, il prend sa décision, il se barre…

Est-ce une histoire vraie ?

Florent Emilio Siri : L’histoire de l’enfant, non. L’histoire en elle-même est basée sur un témoignage recueilli par Patrick Rotman. Il y a eu d’abord un livre puis un documentaire signé d’un même titre. En fait, c’est basé sur plein d’anecdotes, de témoignages par exemple la séquence où Fellag brûle la cigarette des deux bouts «tu n’es déjà plus Algérien et tu ne seras jamais un Français». Cette scène fait référence à une vraie histoire.

Comment avez-vous vécu le personnage du lieutenant Terrien ?

Benoît Magimel : Moi très bien. J’ai été ravi. Cela fait cinq ans que l’on travaille sur le film. J’ai grandi dans un milieu où il y avait des Algériens. On n’y parlait pas de la guerre. Personne ne connaissait. Il y avait une chape de plomb. Et puis, quand j’ai rencontré Patrick Rotman, en fait, j’ai découvert la bonne personne pour pouvoir faire le film. A partir de là, on a commencé à rentrer dans le sujet et chaque jour, on apprenait des choses terrifiantes. En fait, ce qui me frappe c’est la complexité historique. Et tout ce qui s’entremêle : les soldats de métier, ceux qui ont fait la guerre d’Indochine, les anciens résistants… ceux qui ont torturé.

Y a-t-il eu des scènes difficiles à tourner ?

Benoît Magimel : Non. C’est simplement le point de vue qui nous intéressait. Les scènes de torture, quand on tourne un film terrible malgré tout on garde des distances. Moi là où j’ai été frappé, c’est lors du massacre par les Français des villageois à coups de mitraillettes, les femmes que l’on traînait par les cheveux, taper les enfants. Quand on est assis là, on regarde ça, on prend conscience de l’horreur même si c’est tourné par des cascadeurs. Toutes les guerres se ressemblent. C’est toujours les mêmes horreurs qui sont commises, c’est des viols, des massacres, la population est toujours prise entre deux… c’est toujours eux qui sont victimes ; c’est difficile de faire un choix. On ne peut jamais savoir, en temps de guerre, je ne sais pas, ce que je serais devenu.

Propos recueillis par Sam H.
 

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