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Avant-première. Arezki l’insoumis, film de Djamel Bendeddouche : Le temps du désespoir et de la révo
Nul besoin de présenter Djamel Bendeddouche, cinéaste nourri d’une parfaite maîtrise de son métier, puisqu’il filme et enseigne le cinéma. Cette histoire qu’il nous raconte dans une fresque saisissante, qui réconcilie à la fois un travail historique rigoureux et une épopée populaire admirablement filmée, nous plonge dans la Kabylie de la fin du XIXe siècle.

C’était le temps de la dépossession des terres. C’est une histoire qui se confond profondément avec l’histoire de l’Algérie et des soulèvements contre la politique coloniale. La beauté des images de ce film, le grain intérieur et extérieur de la lumière éclairent et magnifient presque, par contraste, la situation pourtant extrêmement dure des populations des montagnes que la politique coloniale de Napoléon III entendait ruiner, déposséder de leur terre et de leur bétail, réduire à la misère noire en les obligeant en plus à payer des impôts exorbitants.

Ecrasés sous le poids de la répression, les villageois se révoltent sous la conduite d’Arezki, un enfant du pays. Un « Che » avant la lettre. On doit mettre à l’intelligent crédit de Djamel Bendeddouche d’avoir choisi de travailler sur un scénario fidèle à l’histoire et d’éviter les impostures : rien d’étonnant à cette époque-là pour qu’un homme révolté garde son amitié aux Français « libéraux », aux indigénophiles très présents en Kabylie, jusqu’à aller dans une église pour prendre part au baptème d’un bébé, dont il est le parrain, (il s’engage de ce fait à protéger cet enfant français, si ses parents venaient à disparaître). Rien d’étonnant non plus à ce qu’une jeune Algérienne, au cours d’un repas, prenne aussi un verre de vin rouge...

Le cinéma algérien a vainement attendu tous les projets annoncés sur l’Emir Abdelkader et sur El Mokrani. Voici une œuvre qui comptera désormais comme un solide témoignage sur une époque historique. Djamel Bendeddouche, qui ressemble de plus en plus à Orson Welles physiquement : même dégaine, même air mélancolique, apparaît aussi dans son film dans le rôle d’un colon rallié à la cause, embedded... Un libéral qui s’oppose à l’hystérie colonialiste. Une jeune femme journaliste, à la Isabelle Eberhardt, écrit chapitre après chapitre la chronique de la révolte qui gronde.

Dans un torrent de violence, l’injustice faite aux Algériens lui éclate à la figure : elle tente de persuader son rédacteur en chef de publier son témoignage sur les faits paroxystiques qui se passent sous ses yeux. Le film historique n’est pas un genre facile à faire. On a pourtant vu récemment le brillant travail de Ken Loach sur l’Irlande dans Le Vent se lève.Et celui très brillant aussi de Rachid Bouchareb sur la guerre mondiale dans Indigènes. Le film de Djamel Bendeddouche illustre à son tour la richesse des possibilités du cinéma pour se pencher sur l’histoire.

Azzedine Mabrouki
 

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