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Avant-première de L’ennemi intime à Ibn Zeidoun : A la limite du révisionnisme
L'idée de tourner un film sur la guerre d'Algérie, conflit trop longtemps nié, "si proche et si lointain" pour les gens de sa génération, aura nécessité cinq années de préparation et une collaboration avec le scénariste Patrick Rotman (coauteur avec Bertrand Tavernier de "La guerre sans nom").

A l'automne 1959, le lieutenant Terrien est chargé de reprendre le commandement d'une section en pleine mission dans les montagnes kabyles. Tandis que Dupontel (regard noir, profond, terrifiant) incarne un ancien d'Indochine, figure de salaud insensible aux méthodes largement contestables, Terrien, lui, refuse toute forme de torture et entend épargner le plus de civils possible. Magimel, dans un rôle indéniablement écrit sur mesure, est ce militaire idéaliste et plein d'espoirs qui, jusqu'au bout, tente d'y croire.

C’est sous la direction de MD Ciné, distributeur de films en Algérie, que l’avant-première du film L’ennemi intime a été projetée mercredi dernier à la salle Ibn Zeidoun archicomble, composée de cinéphiles algériens, français établis en Algérie, des pieds-noirs, des artistes du 7e Art algérien et d’autres invités de marque.

Une projection qui a vu aussi la présence du réalisateur Florient Emilio Siri (Nid de guêpes, Otages avec Bruce Willis), de l’acteur principal Benoît Magimel (Les rivières poupres, Les chevaliers du ciel, Truands…) les producteurs François Kraus et Denis Pineau Velencienne, le casting algérien du film Lounes Tazaïrt, Aït Ali Belkacem et pour la première fois, Lounes Machen un jeune qui promet. Si quelques séquences du début peuvent laisser espérer un glissement du cliché comique et des situations improbables ou parodiques, si la musique hollywoodo-jazzy apparaît excessive, la caméra est fluide; les couleurs composées et esthétiques à l'extrême créent un climat uniforme de mort.

Algérie, 1959. Les opérations militaires  françaises dites de " pacification " s’intensifient. Dans les hautes montagnes kabyles, Terrien, un lieutenant idéaliste, prend le commandement d'une section de l'armée française. Il y rencontre le sergent Dougnac, un militaire désabusé. Leurs différences et la dure réalité du terrain vont vite mettre à l'épreuve les deux hommes. Perdus dans une guerre qui ne dit pas son nom, ils vont découvrir qu'ils n'ont comme pire ennemi qu'eux-mêmes.

Un film de genre qui contrecarre l'habituelle estampille US. Oui, c'est un fait, le film est exclusivement français contrairement à ce qu’a tenté d’affirmer le réalisateur Florient Emilio Siri lors des débats à l’issue du film qui se déploie "à l'américaine", avec de gros moyens. Comme la scène du bombardement au napalm est à la fois spectaculaire, terrible et apocalyptique qui dépasse tout entendement humain. Est-ce cela les opérations militaires dites de pacification ? Le film montre aussi celles des embuscades opérées par les combattants de l’ALN qui sont tout aussi époustouflantes.

Le réalisateur a laissé entendre lors des débats qu’il voulait montrer vraiment la guerre comme dans les films américains avec ses contradictions. "Un film qui ait de la largeur, intimiste et épique. Mais pas manichiéen…Le film est purement humaniste et non militant. Montrer pour la première fois le napalm qui est quelque chose de presque technologique, mécanique et surréaliste.

Chose qu’on avait jamais montré avant. Et je ne savais pas que les Français l’avaient utilisé contre les Algériens" a déclaré le réalisateur. Mais ce qui est frappant et inadmissible en même temps c’est le nombre de morts dans la guerre d’Algérie donné par le réalisateur et les producteurs du film : entre 300 et 600 000 morts. Selon Denis-Pineau Valencienne, ce nombre leur a été livré par l’historien Benjamin Stora.

Interrogé par la Dépêche de Kabylie sur ce chiffre loin de la réalité, M. Vancienne reconnaît la maladresse commise par son équipe qui a manqué de faire une recherche pointue même si le nombre de morts de la guerre d’Algérie fait toujours la polémique. Quant au fait d’avoir fait le tournage au Maroc, le producteur fera savoir que cela est proprement d’ordre logistique et technique.

"le Maroc accueille chaque année de gros tournages et, du coup, il recèle une compétence technique. Il est vrai qu’on a pas pris le soin de négocier avec les autorités algériennes mais on est sûr que l’armée algérienne est compétente dans le tournage de film de guerre et que les choses se seraient bien passées". L’ennemi intime a coûté la bagatelle de 6,5 millions d’euros.

Nacer Ould Mammar
 

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