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« Tropa de Elite » : un Ours d'or et la palme de la polémique
Sally Hawkins, meilleure interprète féminine (Tobias Schwarz/Reuters).

Le jury mené par Costa-Gavras a déjoué les pronostics. C'est le controversé "Tropa de Elite", du Brésilien José Pahilha qui a raflé l'Ours d'Or. "There Will be Blood", grand favori, est tout de même reparti avec deux statuettes.


Qu'un jury de festival prenne le contre-pied du choix des critiques et journalistes est fréquent. Celui de Costa-Gavras a déjoué tous les pronostics, du moins pour l'Ours d'or. "Tropa de Elite", le premier film de fiction du Brésilien José Padilha avait soulevé malaise et controverse. L'esthétique clipée, tonitruante, la bande son assourdissante y habillent violemment un éclairage sur l'élite des policiers intervenant sans mesure dans les favelas brésiliennes pour combattre les trafiquants de drogue.

Au Brésil, le film est devenu un véritable phénomène populaire. A Berlin, il a semé le trouble. Pendant la projection presse, la moitié des journalistes avait quitté la salle, et certains critiques avaient reproché au réalisateur de faire l'apologie de la méthode forte -le magazine Variety y voit même une dérive "fasciste".

"Ce qu'on y voit se passe vraiment au Brésil, c'est un fait."

"J'ai voulu expliquer comment l'Etat corrompt les policiers ou les incite à la violence", s'est défendu José Padilha hier soir après la cérémonie. "Ce qu'on y voit se passe vraiment au Brésil, c'est triste, mais c'est un fait."

Est-il si étonnant que le jury mené par Costa-Gavras à qui l'on doit des films comme "Missing", "Z", "Porté disparu", ait fait le choix d'un film très politique, dans une compétition officielle (21 films au total) tristement habitée par des drames intimistes.

José Padilha lui a d'ailleurs rendu un hommage appuyé: "Costa-Gavras est un héros pour tous en Amérique latine, pour tous les films qu'il a faits." Dans la même logique, "Standard Operating Procedure", enquête sur les sévices commis par l'armée américaine à la prison irakienne d'Abou Ghraïb, est reparti avec le prix du jury. C'était le premier documentaire jamais présenté en compétition à Berlin.

Aucune récompense pour les films français en compétition

Quant au petit chouchou de cette édition, "There Will be Blood", de Paul Thomas Anderson, il a du se contenter du prix de la mise en scène et de la musique (composée par Jonny Greenwood, le guitariste de Radiohead).

Daniel Day Lewis, déjà en lice pour l'Oscar du meillleur acteur, n'a pas non plus eu droit au prix d'interprétation masculine, qui est allé à l'acteur iranien Reza Najie pour son rôle de père dans le beau conte poétique et réaliste "The Song of Sparrows" de Majid Majidi.

Sans surprise, le jury a couronné la pétillante Britannique Sally Hawkins, 31 ans, pour son rôle d'une extravagante Londonienne célibataire dans la jolie comédie "Happy-Go-Lucky" de Mike Leigh.

Aucun des films français présenté en compétition n'a reçu de récompense. Erick Zonca n'a pas convaincu avec son "Julia" tourné aux Etats-Unis. Malgré de bons ingrédients de départ, le film s'embourbe trop vite dans les méandres d'un scénario frôlant parfois le ridicule.

Robert Guédiguian semble clairement en manque d'inspiration pour son très noir "Lady Jane", polar sans énergie où sa petite troupe marseillaise semble mal vivre la crise de la soixantaine.

En marge du palmarès officiel, le premier film de Philippe Claudel "Il y a longtemps que je t'aime" est tout de même reparti avec le prix des lecteurs du Berliner MorgenPost et le prix du jury international oecuménique.

Des stars, mais une sélection morose

Ce palmarès controversé vient clôturer une compétition jugée morose, ennuyeuse et sans audace par la presse internationale. "Pour employer une formulation généreuse, la compétition est très moyenne, excepté "There Will be Blood", tranchait dès mardi le Tagesspiegel. "Encore une fois, le comité de sélection a mis l'accent sur de beaux sujets, sans toujours prêter l'attention nécessaire aux qualités esthétiques et narratives", accusait le quotidien berlinois.

Dieter Kosslick, directeur artistique du festival, semble avoir dépensé plus dénergie à assurer l'aura médiatique de son festival, avec la venue de Madonna, Patti Smith ou les Rolling Stones, qu'à se poser la question de la pertinence de sa sélection.

Par Stéphanie Pichon (Journaliste à Berlin) 12H17 17/02/2008
 

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