Le rideau est tombé sur la 8e édition du festival du film amazigh, qui s’est déroulée du 9 au 13 janvier à la maison de la Culture de Sétif, où les organisateurs ont donné rendez-vous aux participants, de l’autre côté du pays, à Sidi Bel Abbès, pour l’année prochaine.
D’aucuns ont pu estimer, en toute bonne foi, que cette édition a été un succès : « Mieux que celle de Tlemcen », ont dit quelques observateurs qui ont l’habitude de suivre le festival. Peut-être ces derniers ont-ils raison, si l’on considère le nombre de participants.
Près de 400, selon les organisateurs qui, visiblement, étaient débordés par l’afflux et les problèmes de logistique qui en ont découlé. Mais, en même temps, cet apparent succès d’audience doit être relativisé par une donnée toute simple : le fait que cette édition se soit déroulée à Sétif la rendait plus accessible à un public local ou proche – provenant de la Grande et de la Petite Kabylie – déjà sensible à la question culturelle de l’amazighité.
Ce qui n’est pas, bien sûr, pour diminuer du mérite de ces partisans, en ces temps d’absence d’idéal quelconque. Pas d’ambiguïté là-dessus. Il s’agit juste de voir les choses avec lucidité. La revendication de l’amazighité n’est plus ni explosive ni diabolisée, comme c’était le cas jusqu’aux années 1980.
C’est devenu une question soft, mais toujours inscrite dans un champ communautaire. Et le festival du film amazigh est une occasion de communion en la matière, tout à fait visible lors de certains moments d’exaltation bon enfant. Voilà tout.
A partir de là, chacun est libre d’interpréter les choses comme il veut. Par contre, on peut se poser des questions sur la présence, bien remarquée et appuyée, de Belaïd Abrika, représentant des aârchs de Kabylie. Présence très conviviale et courtoise, par ailleurs, mais néanmoins indéniablement politique et marquant le festival de ce sceau.
Mais, comme le remarquait un cinéaste de talent, observateur averti de ce genre de manifestation, le politique n’est-il pas déjà omniprésent dans l’encadrement de ce festival, comme dans celui de quasiment toutes les manifestations culturelles de ce genre, avec la présence formelle (sollicitée d’ailleurs) des autorités locales ? Présence argumentée, implicitement, par le fait que celles-ci contribuent financièrement et logistiquement à l’événement.
Quant au festival lui-même, on peut en être satisfait ou pas, mais le choix a été fait de célébrer un film marocain, le Squelette, de Yassine Fernane, en lui accordant la plus haute distinction. Quoique ce choix puisse être discuté, cette consécration n’a pas été volée.
Mais encore, est-ce un choix simplement cinématographique ? Et puis, par ailleurs, pourquoi avoir fait un si mauvais sort au film Arezki l’indigène de Djamel Bendedouche ? Ce long métrage de fiction historique n’est pas un chef- d’œuvre, mais il n’y en avait pas dans ce festival (loin de là), ni dans la cinématographie algérienne en général.
Car ce n’est pas jeter la pierre aux cinéastes – surtout les jeunes – ayant concouru à toutes les éditions de ce festival, mais la qualité des produits est encore loin, très loin, d’atteindre le niveau et l’audace de celle de pays comparables au nôtre.
Nous en sommes encore à un niveau de bricolage, la plupart du temps empêtrés dans des problèmes de réseaux de financement, de matériel et tutti quanti…
B. H. S.
Source : Le Jeune Indépendant du dimanche 20 janvier 2008 |